Catéchèse Mystagogique - Mgr Ricard

Par Anthony - Lourdes 2008 • 19 juil, 2008 • Catégorie: Catéchèses

CATECHESE MYSTAGOGIQUE SUR L’EUCHARISTIE

JMJ LOURDES – Samedi 19 juillet 2008

Chers amis,

Durant cette procession eucharistique nous avons contemplé le Christ dans son corps eucharistique, nous l’avons prié, chanté. Nous avons médité sur sa présence. Je vous propose maintenant de poursuivre et d’approfondir cette méditation en attirant votre attention sur trois points :

1) Ce pain, ce n’est pas quelque chose, c’est quelqu’un. C’est le signe de la présence parmi nous du Christ ressuscité.

A vue humaine, ce que nous avons contemplé n’est pas grand-chose : un peu de farine et de l’eau. Cela évoque le pain. Mais ce pain ne prend tout son sens que rattaché au dernier repas de Jésus avec les siens. Au cours de ce repas qu’il partageait avec ses apôtres, Jésus prit du pain, le rompit et le leur donna en disant : « Prenez et mangez en tous. Ceci est mon Corps livré pour vous. » Il fit circuler une coupe de vin et dit : « Prenez et buvez en tous : car ceci est la coupe de mon sang, versé pour vous et pour la multitude. Vous ferez cela, en mémoire de moi. » Ce pain et ce vin évoquent donc ce que Jésus va vivre dans son mystère pascal : sa vie donnée, sa vie livrée, sa crucifixion, son passage par la mort et son entrée dans le monde de la résurrection.

Jésus demande aux siens de faire « mémoire » de lui. Il ne s’agit pas simplement de se souvenir de lui mais d’actualiser pour nous aujourd’hui, grâce à la puissance du Saint Esprit, le don total que le Christ fait de lui-même au Père pour le salut de tous les hommes.

C’est ce rassemblement eucharistique qui a été pour les premiers chrétiens – je voudrais maintenant le souligner - l’expression de leur foi dans le Christ Ressuscité.

On connaissait à l’époque de Jésus des groupes qui se réunissaient auprès d’un maître, d’un rabbi, d’un maître de sagesse. Ces disciples écoutaient le maître, priaient avec lui, prenaient leur repas ensemble. Mais quand le maître mourait, le groupe se dissolvait. Or, les disciples de Jésus, qui est mort et enseveli, continuent à se rassembler. Voilà qui pose question. Ils prennent leur repas ensemble. Et que disent-ils ? Que leur maître est vivant, ressuscité, qu’il préside la table et qu’il se donne lui-même en nourriture. C’est leur conviction intime qu’on ne peut déserter la table du Seigneur. Car, c’est là qu’aujourd’hui, le Christ ressuscité vient à notre rencontre, nous donne le signe de sa présence, nous offre le pain de la route. Pour les chrétiens des premiers siècles, se rassembler le dimanche, prendre le repas du Seigneur et témoigner du Christ ressuscité ont vraiment partie liée. Ils auraient certainement été très étonnés de l’approche très subjective de l’eucharistie par nos contemporains (j’y vais, si je veux, si j’en ai envie, si j’en ressens le besoin). Pour eux, l’Eucharistie est vitale. Lors de la persécution de Dioclétien, en 304, les chrétiens d’Abitène (dans la Tunisie actuelle) diront à leurs persécuteurs : nous ne pouvons pas vivre sans assemblée ; nous ne pouvons pas vivre sans le dimanche ! Ils avaient fortement conscience que dans le rassemblement eucharistique, le Christ se donnait un nouveau corps dans le monde, le corps de ses disciples, l’Eglise. C’est à elle, c’est à eux, c’est à nous qu’il confiait son Evangile de salut. Au 3° siècle dans la Didascalie des apôtres, il est dit : « Ne déserte pas l’assemblée, car au corps du Christ, il ne doit manquer aucun de ses membres ! » Soyons des passionnés de l’Eucharistie, du Rassemblement eucharistique, de cette rencontre transformante avec le Christ Ressuscité.

2) Ce corps du Christ, c’est le corps donné, livré. C’est l’expression-même de l’amour du Seigneur

Ce pain que nous contemplons dans l’adoration eucharistique, n’est pas seulement un aliment, même un aliment sacré, comme on peut en connaître dans l’histoire des religions. Bien sûr, il est ce pain qui nourrit le cœur de l’homme, mais il est surtout ce corps livré, donné, du Seigneur. Comme le Christ le dit dans l’évangile de Jean : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas en vous la vie. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraie nourriture et mon sang vraie boisson. » (Jn 6, 53-55) Ce corps donné, livré, partagé, est l’expression de l’amour du Christ pour nous, de l’amour qui va jusqu’au bout du don de soi : « Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime. » (Jn 10, 13)

Dans l’adoration eucharistique, comme un arrêt sur image dans un film, nous nous mettons devant cette présence du Seigneur, devant la présence de celui qui est notre compagnon de route, de celui qui a dit : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28, 20). Nous nous mettons sous son regard d’amour, de cet amour qui nous dit : « je t’aime, laisse-toi aimer. » Chacun d’entre nous est original, unique aux yeux de Dieu, appelé à devenir le fils ou la fille bien-aimé (e) du Père. Laisse-toi aimer, laisse cet amour te guérir, te transformer. Va vers le Christ et confie-toi à Lui : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau léger. » (Mt 11, 28-30) Exposons-nous au Christ eucharistique pour qu’il fasse luire sur nous sa face et nous serons sauvés. Ecoutons sa Parole. Elle est lumière, elle est vie. Elle nous conduit à la vraie vie.

Mais nous ne pouvons pas, en contemplant le Christ eucharistique, restreindre les horizons et nous enfermer dans le seul face à face : moi avec le Seigneur et le Seigneur avec moi. Ce corps du Christ est ce corps livré pour la multitude. Il porte les marques de sa passion. Il est ce cœur transpercé du Christ qui est venu porter aux hommes le salut, la paix et la réconciliation. On ne peut le regarder sans entrer nous aussi dans ce regard du Christ sur tous les hommes, sans entrer dans la prière du Christ, une prière qui nous décentre de nous-mêmes et nous appelle à être le prochain de tout être humain. Il y a suffisamment de souffrances, de drames, d’épreuves dans le monde pour que nous n’oublions pas de les porter dans notre prière. L’adoration eucharistique est le creuset de l’élargissement de notre prière, de son universalité, de sa catholicité. Elle est aussi celui de notre engagement : nous ne pouvons pas contempler ce pain eucharistique sans nous questionner : qu’est-ce que je fais moi, pour que chaque homme, chaque femme, chaque enfant ait quelque chose à manger ? Pour qu’ils puissent aussi avoir part à ce pain eucharistique ?

3) Face à ce corps, un appel du Seigneur : veux-tu devenir un membre de ce corps ?

En effet, l’appel du Seigneur va plus loin. Car, on ne peut contempler ce corps du Christ qui se livre, se donne, sans entendre le Seigneur nous dire : veux-tu venir à ma suite ? Veux-tu, toi aussi, donner ta vie, lutter pour livrer ta vie pour les autres : «Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même et porte sa croix, et qu’il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie la perdra ; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile, la sauvera. Et quel avantage l’homme a-t-il à gagner le monde entier, s’il le paie de sa vie ? » (Mc 8, 34-36) Saint Paul nous dit : il y a deux façons de vivre ta vie. Tu peux la vivre selon l’Esprit, selon Dieu, ou selon la chair, selon tes tendances égoïstes : «On les connaît, les œuvres de la chair : libertinage, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discordes, jalousie, emportements, rivalités, dissensions, factions, envie, beuverie, ripailles et autres choses semblables ; leurs auteurs, je vous en préviens, comme je vous l’ai dit, n’hériteront pas du Royaume de Dieu.
Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi ; contre de telles choses, il n’y a pas de loi. Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi sous l’impulsion de l’Esprit. » (Gal.5, 19-25) Saint Paul est réaliste. Il sait bien que vivre ainsi ce décentrement dans la vie de tous les jours, cette fraternité, cette écoute, cette solidarité, cette réconciliation et ce pardon n’est pas facile dans la vie de tous les jours. Il y a avec l’Esprit saint un vrai combat spirituel à mener, un combat sans cesse à livrer, un combat sans cesse à reprendre alors qu’on aurait envie parfois de tout laisser tomber, de choisir d’autres chemins ou de suivre des idoles, comme le disait Benoît XVI aux jeunes à Sydney.

C’est vrai. Avec nos seules forces, nous n’irions pas bien loin. Heureusement le Seigneur est là. Dans notre baptême, il nous a offert son alliance, sa grâce, la force de son amour. Et dans chaque eucharistie, il nous renouvelle ce don. A nous de l’accueillir, de le laisser entrer en nous. La seule chose qui nous est demandée, c’est d’ouvrir la porte de notre vie au Seigneur. Dans l’Apocalypse de Saint Jean, le Christ ressuscité dit à son Eglise, dit à chacun d’entre nous : « Voici que je suis à la porte et je frappe. Chez celui qui entend ma voix et qui m’ouvre, j’entrerai et nous mangerons en tête à tête, lui avec moi et moi avec lui. » (Ap. 3, 20) Oui, Dieu, Père, Fils et Saint Esprit veut venir chez nous, faire sa demeure en chacun d’entre nous : « Si quelqu’un m’aime, il observera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons chez lui et nous établirons chez lui notre demeure.» (Jn 14, 23) Lors de la communion eucharistique, le Christ vient demeurer en nous, pas simplement face à nous mais vraiment en nous. Il nous apporte sa puissance d’amour. Mais en même temps, il nous associe intimement à lui. Il fait de nous un membre de son corps. Il fait de nous ses disciples et ses témoins. Oui, l’adoration eucharistique fait grandir en nous la vraie faim eucharistique, cette faim que seul le repas eucharistique peut vraiment combler.

Frères et sœurs, dans un monde qui hésite aujourd’hui à se donner des repères, soyez des passionnés de l’Eucharistie, des témoins émerveillés du don du Seigneur et des serviteurs de son invitation à la table eucharistique. Le Seigneur compte sur nous. L’Eglise compte particulièrement sur vous. Amen.

Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux
Evêque de Bazas

st1\:*{behavior:url(#ieooui) }

/* Style Definitions */ table.MsoNormalTable {mso-style-name:"Tableau Normal"; mso-tstyle-rowband-size:0; mso-tstyle-colband-size:0; mso-style-noshow:yes; mso-style-parent:""; mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt; mso-para-margin:0cm; mso-para-margin-bottom:.0001pt; mso-pagination:widow-orphan; font-size:10.0pt; font-family:"Times New Roman";}